À la manière d’une robe haute couture qui habillera une femme et viendra dessiner parfaitement ses courbes, les aiguilles d’une montre viennent à elles seules, habiller le cadran de parties mobiles et par extension définir le style d’une montre ainsi que celui de la personne qui la porte. L’aiguille, cette tige rigide permettant de donner vie à l’un des seuls bijoux que porte un homme. Naturellement, on peut rencontrer 3 types d’aiguilles : la trotteuse d’une finesse extrême s’agitant tout autour du cadran pour donner les secondes, une autre nommée « la grande aiguille » apportant des précisions quant aux minutes, puis enfin l’aiguille courte et charnue qui pointe vers les index des heures. La forme des aiguilles peut parfois devenir une véritable clef de voûte et peut également être associée à l’image de légende de certains modèles. Aujourd’hui, nous passons en revue toutes les aiguilles qu’il faut connaître.

Composition mécanique de l’aiguille

Cette pièce mécanique essentielle à la montre se compose de 4 parties. On retrouve à parfois la base un contrepoids qui permet, comme son nom l’indique, de contrebalancer le poids des aiguilles un peu longues comme la trotteuse. Ensuite vient le cou de l’aiguille qui est à la base entre la tête et le corps de l’aiguille. La tête est la pièce centrale de la montre où l’on vient fixer l’aiguille par le trou au centre rivée au pivot vertical. Il reste une dernière pièce et c’est celle qui est susceptible d’être la plus originale : le corps de l’aiguille.

Concordance de l’aiguille avec l’esthétique de la montre

Quant à l’esthétique de cette pièce primordiale au garde-temps, elle va varier en fonction des maisons horlogères et des styles. Pour les formes, on peut en retrouver des mythiques sans lesquelles certains modèles n’auraient pas du tout le même visage. Passons maintenant à la présentation des grands noms et types d’aiguilles.

> Aiguilles « Breguet »

L’aiguille « Breguet » a été créée par Abraham-Louis Breguet en personne à la fin du XVIIIème siècle. Cette aiguille est très fine et légère puis possède à son extrémité une petite pomme ou une lune évidée.

> Aiguilles glaives

Les aiguilles glaives prennent comme leur nom l’indique la forme d’un glaive (ou d’une épée en anglais). Elles se trouvaient particulièrement présentes sur les montres militaires, ou de plongée comme la Rolex Milsub, même si aujourd’hui elles sont bien plus répandues.

> Aiguilles « Snowflakes »

On les retrouve sur la quasi-totalité des montres de la maison Tudor, et ici sur la Black Bay 58, des aiguilles uniques nommées « snowflakes » (flocons de neige en français). Selon la légende, cette forme si particulière aurait été la demande de la Marine Française afin que les aiguilles permettent au plongeur d’obtenir une meilleur visibilité. Sans surprise, leur surnom provient de leur forme unique.

> Aiguilles lances

Les aiguilles lances disposent d’une forme plus racée avec une pointe en forme de flèche assez large prenant la forme d’un triangle. Ce type d’aiguilles est très souvent utilisé dans les montres sportives ou disposant de fonctions techniques et sont reconnues pour leur haute lisibilité.

> Aiguille « Mercedes »

Cette aiguille qui dispose d’une forme ronde et qui est scindée en trois parties vous rappelle sans doute la forme du logo d’un célèbre constructeur allemand. Toutefois, Rolex entretient le mystère autour de cette forme qui équipe nombreux de leurs modèles. Mercedes a choisi le logo pour que chaque trait représente un moyen de transporter des personnes : par les airs, par les eaux, par les terres. Certains pensent que Rolex s’est inspiré du concept pour l’intégrer à ses gardes-temps. Une autre théorie serait celle du clin d’oeil à Mercedes Gleitze, nageuse olympique ayant contribué à l’histoire passionnante liant Rolex aux mers et océans.

> Aiguilles fils

Dans le style Bauhaus et notamment chez Nomos Glashütte on retrouve des aiguilles fils au design très fin et épuré, parfaitement en adéquation avec les codes de l’école d’art allemande.

> Aiguilles alpha

Assez proches des dauphines et des lances, les aiguilles alpha se distinguent de par un cou très fin avec un corps large s’affinant en pointe telle une flèche perçante. Cette A. Lange & Söhne Langematik en est le parfait exemple.

> Aiguilles dauphines

Il existe aussi les aiguilles dauphines qui reprennent la forme d’un triangle effilé tout en disposant d’un certain relief en sa partie centrale grâce à la présence de facettes, souvent du moins. Très similaires aux aiguilles alpha, elles se distinguent de ces dernières de par leur forme se continuant vers la base. Et pour offrir une meilleure lisibilité, il arrive qu’un côté soit satiné puis l’autre brossé.

> Aiguilles bâtons

Parmi les plus classiques, il existe les aiguilles bâtons, d’une forme droite et uniforme à l’instar des aiguilles fils, mais assez épaisses. Celles-ci peuvent également se finir par une petite pointe en bout de corps.

> Aiguilles feuilles

Les aiguilles feuilles, ou « leaf » en anglais, vont disposer d’une forme organique et effilée avec un corps plus charnu que la tête et la base. Cette Frédérique Constant Slimline Moonphase en est une très bonne illustration.

> Aiguilles fleurs de lys

Dans un style très différent mais arborant toujours un style habillé, il existe les aiguilles fleur de lys qui, comme leur nom l’indique, reprennent l’esthétique de la forme emblématique des fleurs de lys, signe de la royauté française que l’on retrouve notamment sur ce garde-temps de la maison Czapek.

> Aiguilles cathédrales

Si l’on reste dans celles qui reprennent les formes de notre histoire, on retrouve également les aiguilles cathédrales reprenant une forme géométrique qui rappelle les vitraux arborant les églises. Celles-ci sont souvent utilisées sur des montres à vocation militaire.

> Aiguilles bleuies

La couleur spéciale de ces aiguilles, souvent fines, provient d’une oxydation de l’acier grâce à un procédé de chauffage de l’aiguille. Si l’opération est menée correctement, le métal change alors de couleur au contact de l’air pour adopter une robe bleue de calamine du plus bel. Selon la température, son teint varie du jaune au gris en passant par toutes les teintes de bleu.

> Aiguilles squelettes

Les aiguilles squelettes permettent d’entrevoir, à travers ces dernières, le cadran qui se situe dessous. Celles-ont ont tout simplement été découpées, soit squelettées, afin d’ouvrir leur corps. La manufacture suisse Romain Jerome en est très adepte afin de pouvoir dévoiler au maximum tout le travail effectué sur le cadran.

L’aiguille : véritable clef de voûte d’un design réussi

Vous l’aurez compris, avec autant de possibilités, les artisans horlogers doivent choisir avec parcimonie les aiguilles qui vont venir habiller leurs montres. La beauté d’un cadran et son équilibre va être intimement liée au choix de la forme des aiguilles. En cas de mauvais choix, le public est cruel et va remettre en cause le design complet d’un garde-temps, car les aiguilles n’auront pas été judicieusement choisies. Dans ce domaine de l’élégance et de la précision, une citation du poète et écrivain Paul Valéry tient une place importante qui résume bien ce choix cornélien : « Qui veut faire de grandes choses doit penser profondément aux détails. »