La maxime italienne « Bisogna lasciar far il mestiere a chi sa » résume bien l’histoire et les ambitions d’un homme provenant du centre de la botte européenne. Signifiant « laissons faire le métier à qui le sait » illustre bien, dans le domaine de l’horlogerie, l’histoire d’une grande manufacture italienne devenue un fleuron de l’industrie horlogère : Panerai.

À la fin du XIXème siècle et plus exactement en 1860, Giovanni Panerai fonde une boutique horlogère dans le centre de Florence qui, par la même occasion, accueillera dans ses ateliers la première école d’horlogerie de la capitale des arts. Comme beaucoup de maisons encore existantes aujourd’hui, tout commence par une affaire de famille avec un père et son fils. D’abord fabricant de composants et d’outils de mesure puis créateur de garde-temps, la réputation de la firme va connaître un véritable essor au début du XXème siècle en devenant le fournisseur officiel de la Regia Marina, la marine royale italienne.

Radiomir : une poudre luminescence donnant nom à une collection légendaire

Entre 1915 et 1916, le patriarche et son fils vont travailler main dans la main afin de développer une poudre disposant d’une capacité luminescente auto-suffisante. Ils décident de se baser sur les travaux réalisés par les prix Nobels de physique Pierre et Marie Curie en 1898 sur le radium. Après une année de recherche, un brevet au nom de « Radiomir » est déposé. Cette poudre insérée dans les cadrans dispose d’une grande visibilité dans l’eau, qualité essentielle pour un instrument destiné à l’infanterie marine immergée.

Toutefois, Panerai a travaillé en partenariat avec un grand nom de l’horlogerie, Rolex, afin de fournir des outils parfaitement adaptés aux besoins de l’armée italienne. C’est notamment le cas avec le développement du boîter « Oyster » en 1926 par Rolex. Ce boîtier a véritablement permis de rendre les montres dites « waterproof » fiables, car auparavant la résistance de ces dernières à l’humidité et la pression marine était véritablement hasardeuse. Le développement de ce boîtier fut une révolution qui changera à jamais le monde de l’horlogerie et notamment les montres de plongée.

C’est à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale que la marine italienne va demander à Panerai en partenariat avec Rolex de réaliser des gardes temps qui viendront équiper l’escadron de combattants plongeurs dénommés : « Primo Gruppo Sommergibili« . De ces exigences naîtra le premier prototype de la Radiomir qui reste aujourd’hui un modèle phare de la marque. Esthétiquement, cette dernière est restée plus ou moins la même depuis le lancement du prototype. Un boîtier de grande taille en forme de coussin, des aiguilles et des index luminescents mais aussi un bracelet en cuir épais permettant d’être porté par-dessus une combinaison de plongée.

Il faudra attendre 1938 pour que la Radiomir soit produite pour la première fois en série. Toutefois, ces 2 années auront permis le développement de différentes innovations et notamment concernant le cadran. En effet, les index sont modifiés et affichent 4 grands chiffres arabes à 3, 6, 9 et 12 heures afin de permettre une meilleure lisibilité. De plus, les horlogers de la maison italienne réalisent un cadran avec une structure en sandwich permettant au Radiomir, la poudre luminescente, d’être directement déposé sur la plaque inférieure du cadran pour permettre une lisibilité optimale. Afin de ne pas gêner la lecture du temps, et de minimiser les distractions au sein du boîtier, l’aiguille des secondes est absente. D’autres exigences seront demandées par la Marine, notamment celui de disposer de garde-temps résistant à de longues périodes d’immersion en conditions extrêmes. Pour ce faire, la manufacture va fabriquer ses boîtiers grâce à un seul et unique bloc de métal. La Radiomir de série reprendra la forme de coussins issu des prototypes et disposera d’une couronne de remontage cylindrique et non plus conique.

Dans les années 1940, Panerai va développer la Mare Nostrum, un chronographe disposant de deux compteurs et conçu pour équiper les officiers de pont. Ce chronographe comporte deux sous-cadrans à 3 heures et 9 heures mais ne sera qu’un prototype qui sera édité en 3 exemplaires avant de refaire surface à la suite d’une réédition en 1993, puis au Baselworld en 2017. C’est à cette époque que Panerai développera le système de pont à levier, véritable emblème de la marque. Reprenant la forme d’une demi-lune, ce système permet de renforcer l’étanchéité du boitier puis de protéger la couronne des différentes tensions résultant du mécanisme.

Luminor : l’avènement d’un pont de couronne, symbole de la firme

On observe l’avènement d’une nouvelle substance luminescente se basant sur le tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène. Cette substance fera l’objet d’un brevet italien en date du 11 janvier 1949 et donnera le nom à une nouvelle collection historique de la manufacture florentine : la gamme Luminor. Cette collection dispose de toutes les finitions que souhaitait réaliser la manufacture italienne prise de court durant la Seconde Guerre Mondiale. Le boîtier de la Luminor adopte une forme semblable à un coussin ressemblant fortement à son aînée, mais tout en disposant d’une lunette plate et large. De plus, la Luminor arbore un véritable pont servant à protéger la couronne.

Elle réalisera enfin pour la Marine Égyptienne un modèle hors du commun, la Panerai « Egiziano ». Disposant d’une robustesse ainsi que d’une taille exceptionnelle, elle dispose d’une lunette graduée permettant de calculer les temps d’immersion. Qui dit montre d’une robustesse extrême dit montre disposant d’un fameux pont protège-couronne qui fera l’objet d’un dépôt de brevet en 1956 et devenant le véritable cachet de la maison italienne.

Toutefois, au décès de Giuseppe Panerai en 1972, l’entreprise sera transmise à l’ingénieur Dino Zei qui renommera l’entreprise en « Officine Panerai S.R.L ». L’entreprise étant sous le coup du secret militaire et fournissant toujours des outils à la marine italienne comme des boussoles ou des torches sous-marines, il faudra attendre 1993 pour voir la marque sur les devants de la scène avec la présentation de sa première collection au public qui deviendra un véritable évènement pour la firme florentine. Dévoilée en présence du Duc Amedeo D’Aosta, membre de la prestigieuse maison de Savoie et prétendant au trône italien, sur le magnifique destroyer Classe Luigi Durand de la Penne, cette collection était composée de séries limitées de la Luminor, la Luminor Marina et la Mare Nostrum et constituent aujourd’hui des véritables pièces de collections.

Le rachat de la firme familiale et l’internationalisation de la manufacture italienne

Un évènement très important se tiendra en 1997 quand le groupe Richemont (à l’époque nommé Vendôme) va racheter la manufacture italienne. La volonté du groupe était de placer Panerai en tant que fleuron de l’industrie horlogère haut de gamme et pour ce faire, le consortium va miser sur deux modèles : la Luminor Marina et la Luminor déclinées en 3 versions. Une réédition spéciale de la Mare Nostrum fera son apparition avec une lunette plus fine, ainsi que d’une minuterie présente sur le cadran tout en comprenant un fond plein vissé. L’explosion internationale de la marque a lieu au début des années 2000 et se concrétise par l’ouverture d’une manufacture à Neuchâtel en 2002 ainsi que par la rénovation de la boutique originelle Panerai située Piazza San Giovanni à Florence. C’est à ce moment que Panerai se lance dans la réalisation de ses propres calibres.

Entre 2005 et aujourd’hui la manufacture florentine ayant pris ses aises à Neuchâtel va développer pas moins de 14 calibres permettant de donner vie à l’ensemble des garde-temps du groupe. Le premier d’entre-eux est le calibre P.2002 à remontage manuel et disposant d’une fonction GMT ainsi que d’une réserve de marche de 8 jours. En 2007, la firme italienne fraîchement installée à Neuchâtel développe 3 autres calibres : le P.2002, le P.2003 et le remarquable P.2005 qui vient sublimer l’échappement à tourbillon, revisité et amélioré par Panerai. Cette amélioration s’effectue grâce à un choix du manufacturier florentin, en choisissant de de réaliser une cage permettant au balancier et à l’échappement d’effectuer une rotation perpendiculaire au balancier et non parallèle comme ce qui pouvait existait jusqu’à présent. Ce superbe calibre est d’ailleurs celui qui donne vie à la montre de poche prestigieuse développé par la manufacture toscane, la « Pocket Watch Tourbillon GMT Ceramica ».

La nouvelle ère de Panerai voit le jour en 2014 avec l’inauguration de la nouvelle manufacture à Neuchâtel. Elle concentre tous les savoir-faire de l’horlogerie tout en gardant le charme d’une grande maison de couture à l’italienne. Depuis la construction de son atelier dans le berceau de la haute horlogerie, Officine Panerai a démontré avec beaucoup de facilité son talent pour développer des calibres de qualité. Qu’il s’agisse de chronographes, de montres équipées de fonction GMT ou encore de calibres disposant d’une réserve de marche importante, l’artisan florentin réalise toutes ces complications avec une facilité déconcertante tout en adoptant un style qui sait faire mouche.

Enfin en 2016, on observe la véritable quête de Panerai vers la perfection avec le déploiement de la collection « Luminor Due » et la réalisation des mouvements P1000/10 et P4000/10 qui sont les mouvements les plus fins réalisés par Panerai. Cette collection reprend les codes historiques de la firme italienne avec un boîtier en forme de coussin inspiré du modèle Luminor, ainsi que le pont protège-couronne, véritable emblème de la marque.

Une manufacture au service des explorateurs

Vous avez pu constater que l’engagement de Panerai dans la confection de garde-temps de haute qualité dure depuis bientôt 160 ans. D’abord fournisseur d’outils de mesure et de garde-temps disposant d’une robustesse extrême pour la célèbre Regia Marina et ensuite pilier d’horlogerie haut de gamme, Panerai a su développer et transmettre son amour de la mer et du monde marin à travers ses garde-temps. Car oui, elle la manufacture florentine n’a rien perdu de cette relation ayant commencé il y a bien longtemps et continue de développer des montres pour les explorateurs voguant sur les océans ou sur la glace qui les compose parfois. Cette glace dont nous parlons, c’est celle que Mike Horn a parcouru lors de ses traversées des cercles polaires, équipé la première fois de la Panerai Arktos, mais aussi de la Panerai North Pole et Pole 2 Pole. Cette implication de la manufacture auprès des néo-explorateurs renforce l’image qu’elle véhicule depuis près de 160 ans de produire des garde-temps d’une qualité et d’une robustesse exceptionnelles au service de l’homme qui découvre toutes les facettes de ce qui peut l’entourer.

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