Si comme nous vous lisez le magazine Montres, vous avez forcément croisé l’une des créations de Michel Fréret-Roy. Si vous êtes membre d’un groupe Facebook dédié à l’horlogerie, vous avez certainement déjà lu un de ses commentaires. Si vous habitez Paris, vous avez fort probablement entendu parler de l’un de ses événements. Et si vous êtes fanatique de marques indépendantes, c’est certain : vous lui avez déjà parlé ! Bref, Michel Fréret-Roy est partout ! C’est un homme passionné, incontournable dans le paysage horloger français, que nous rencontrons aujourd’hui.

LPP : Bonjour Michel et merci de nous accorder un peu de votre temps. Dites-nous, vous êtes assez actif sur notre page Facebook. Nous suivez-vous depuis longtemps ?

MFR : Depuis que j’ai découvert votre existence en fait ! 😊

LPP : En quelques mots, qui est Michel Fréret-Roy ?

MFR : Vaste question ! Comme je l’écris sur mon profil Facebook « Je suis un indépendant au sens le plus large du terme. Insoumis, au vrai sens du terme. Iconoclaste et frondeur. »  Tout un programme ! Cela mis à part, je suis né à Rouen, en Normandie, berceau de ma famille, où j’ai grandi et étudié. J’ai passé les vacances scolaires de ma jeunesse à voyager avec mon père qui était directeur général d’une entreprise de travaux publics. Nous visitions chantiers et filiales et les clients… Tout cela pour dire que ma première passion fut pour les travaux publics… et concomitamment, pour l’horlogerie ! Mon cursus est traditionnel, études secondaires, dans le privé à Rouen, puis Sup de Co Rouen, aujourd’hui appelée Néoma, coopération au titre de la DREE (Ministère de l’Economie et des finances) à Düsseldorf en Allemagne… Un peu de banque avec le désir de la quitter aussitôt entré…

En fait, je suis un passionné et ma caractéristique première est de ne jamais renoncer. Mon parcours est semé de rebondissements, ce qui n’est guère reposant ! Et sur un plan purement personnel, mon épouse (et associée) et moi avons 4 enfants et 4 petits enfants. On ne sait pas encore si l’un d’eux reprendra un jour la société familiale. Toujours est-il que si elle ne m’avait pas secondé, nous n’aurions jamais monté cette société et lancé notre concept puis notre propre marque.

LPP : Pour vous, l’horlogerie est une histoire de famille. Pouvez-vous nous faire un petit historique ?

MFR : L’atavisme a assurément joué un grand rôle dans mes choix ! Depuis le début du XVIIIème siècle, la famille de ma mère, les Roy, était active dans l’horlogerie en Suisse, à Couvet, dans le Canton de Neuchâtel. En 1802, l’un des membres de cette famille, mon quadrisaïeul Abraham-Henri Roy, quitte sa Suisse natale et s’installe comme horloger en France, à Rouen. Puis en 1818, il fonde sa propre manufacture d’horlogerie à Saint-Austreberthe, à 25 kilomètres de Rouen. Son fils Henri-Julien Roy, dit Henri Roy, né en 1827, mon trisaïeul, révolutionnera l’horlogerie de clocher et développera nombre d’inventions et brevets dans la seconde moitié du XIXème siècle. La Fabrique d’Horloges Publiques H. Roy se spécialise tout d’abord dans l’horlogerie monumentale d’édifices publics, mais continue à produire des horloges et autres montres gousset…dont il me reste 2 pièces de l’époque !

Puis en 1895, le nom se transforme en « ROY Frères à Ste-Austreberthe, Horloges publiques », et  il semble que l’activité « montres » ait alors disparu. Les « frères » sont Auguste Roy, mon arrière grand-père qui s’occupe de la fabrication des horloges monumentales et son frère Abraham, en charge de la pose des dites horloges. La plupart des horloges des clochers de Normandie sont des Roy, H. Roy ou Biard Roy, qui étaient aussi liés aux fondeurs de cloches de Villedieu les Poêles. Mon grand-père Joseph Roy s’orientera vers une autre activité avant d’être fusillé par les nazis pour faits de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, et ce sont des cousins issus de germains qui gèrent depuis lors la manufacture normande…

LPP : Quand avez-vous commencé à vous intéresser aux montres ?

MFR : Surtout à l’adolescence, mais déjà quand j’ai reçu ma première montre, pour ma première communion… puis la seconde pour ma profession de foi… puis, puis…

LPP : Vous souvenez-vous de votre toute première montre ?

MFR : C’était une Airain en acier, mécanique.

LPP : Aujourd’hui, vous suivez votre passion. Que faisiez-vous avant ?

MFR : La première partie de ma carrière, après 2 ans d’analyse financière dans une banque en début de carrière, je l’ai consacrée aux travaux publics, au BTP et à l’ingénierie. J’ai monté de grosses opérations d’ingénierie électrique à l’étranger pour Spie Batignolles, en Afrique anglophone, au Moyen Orient, au Yémen du Nord notamment, et j’ai dirigé leur filiale au Mexique… Puis j’ai parcouru les USA, l’Afrique du Sud et d’autres pays pour Jean Lefèbvre, le constructeur de routes, et ensuite pour la branche travaux industriels et second œuvre bâtiment de Vinci, dont j’étais le directeur commercial, marketing et communication, et aussi le Directeur Général des filiales en Espagne et au Maroc… En 1997, las du mode de management du groupe de filiales où j’étais directeur, j’ai décidé de changer de métier et me suis lancé avec mon épouse dans l’importation et la distribution de montres suisses en France, sous le nom de notre société Compagnie Française de Montres, activité que nous avons développée de 1997 à début 2004.

LPP : Alors comment vous êtes-vous retrouvé à la tête d’une boutique accotée à la place Vendôme ? 

MFR : Après avoir créé notre société et développé depuis 1997 la marque Frédérique Constant en France et après leur avoir permis de livrer 38900 montres « corporate » pour le groupe de travaux publics COLAS pour l’an 2000 (le lien entre le BTP et l’horlogerie !) et permis à Frédérique Constant de passer de 130 m2 de bureaux à 700 m2 à côté de Rolex à Chêne-Bourg, à côté de Genève, nous avons été « remerciés » avec une inélégance rare par l’ex-propriétaire de la marque qui a revendu ses parts à Citizen. Il pensait que nous déposerions le bilan, mais on a tenu bon et gagné le procès que nous leur avions intenté pour rupture abusive de contrat, même si les montants que nous avions investis pour la marque l’ont été en pure perte. Mais ce coup funeste nous a montré qu’un distributeur sans boutique était un mort en sursis. Nous avons donc recherché une boutique bien située dans Paris… et avons eu la chance de la trouver à cet endroit mythique et symbolique de l’horlogerie et du luxe.

LPP : Parlons donc de cette boutique atypique. Pouvez-vous nous la présenter ? 

MFR : Nous l’avons rachetée en 2005. Il s’agit d’une petite boutique de 25 m2, toute de bois sombre revêtue, intimiste et cosy. Le concept de départ que nous avions appelé « Montres & merveilles », comme un sous-titre du nom Fréret-Roy , était et est toujours de proposer autre chose que les voisins d’ici ou d’ailleurs. Nous avions proposé à Maurice Lacroix dont nous étions les importateurs à l’époque, de les associer à l’achat de la boutique , mais ils avaient refusé en nous confirmant néanmoins que le fait d’avoir une boutique à l’angle de la Place Vendôme et de la Rue de la Paix leur convenait parfaitement. Mais comme ils ne souhaitaient pas investir un centime dans l’affaire, nous l’avons baptisée de notre nom. L’histoire nous a démontré que ce fut une bonne, une excellente idée. Nous étions à l’époque importateurs de Maurice Lacroix, Dubey & Schaldenbrand et Maurice de Mauriac. Nous avions commencé avec ces 3 marques. Puis nous avons créé quelques pièces uniques de joaillerie de haute qualité, dotées des pierres exceptionnelles.

LPP : Quelles sont vos marques phares ?

MFR : Nous y distribuons de 16 à 18 marques selon les périodes, chacune ayant ses spécificités. Les marques « phares », par ordre alphabétique, sont celles que l’on retrouve notamment dans notre exposition, le Off des Indépendants depuis sa création, ou le Off de Bâle, ce sont les « fidèles » : Artya, Cuervo y Sobrinos, Cyrus Genève, Fréret Roy 1818 (bien sûr !), Mauron Musy, Nord Zeitmaschine, Paul Picot, Pequignet Manufacture, Raketa, Zannetti. Et les nouvelles marques entrées fin 2019 : Hegid, Sartory Billard, Trilobe. Nous vendons également les marques Boegli, Ebel, Emile Chouriet, Ratel Genève et Isère 1885.

LPP : Expositions, cocktails, Off des Indépendants, Off de Bâle, etc. Qu’est-ce qui vous motive à faire autant d’événements ?

MFR : Quand on est petit et que l’on veut marquer sa différence, il faut se bouger ! Le « Off des Indépendants » est venu remplir le vide consécutif à la disparition des salons horlogers parisiens. Le vide qui en a découlé m’a donné l’idée de remplacer ces salons par une exposition du type « cabinet de curiosités », sur une période longue compte tenu de l’espace restreint en boutique. Et les cocktails sont là pour émailler cette période d’événements où les créateurs horlogers viennent parler de leurs marques et de leurs modèles dans une ambiance conviviale, décontractée et raffinée à la fois.

LPP : Vous avez aussi lancé votre propre marque : Fréret-Roy 1818. Quelles sont les particularités de vos montres ?

MFR : J’ai lancé ma première collection en 2011, après avoir constaté le peu de fiabilité relationnelle des marques déjà importantes et leur mépris des distributeurs et concessionnaires. Après le camouflet que nous avait infligé Frédérique Constant, nous avons ouvert une boutique, et après les ventes privées répétées de Maurice Lacroix depuis 2009, 2010 et 2011 – qui ont dévasté leur image sur le long terme – nous avons décidé de lancer notre propre marque, forts d’une véritable histoire familiale ! La particularité de nos montres, est qu’elles sont nées de discussions et d’échanges avec des clients, consommateurs ou amateurs. En fait, en les écoutant, en discutant et échangeant des idées avec eux, nous avons défini les caractéristiques ou spécificités de nos montres présentes et futures.

LPP : Et si vous deviez en choisir une seule, laquelle serait-ce ?

MFR : C’est très difficile de répondre à cette question ! Nous sommes connus pour les montres « squelette ». Il y a bien sûr notre best seller la Cœur Ouvert® Nouvelle Vague, que nous allons bientôt faire évoluer légèrement sans démoder la version actuelle, le Cœur Ouvert® Chronographe que Sa Majesté le roi du Maroc nous a fait l’honneur et le plaisir de nous commander et d’attendre pendant 6 mois, et aussi la Cœur Ouvert 120 H notamment dans sa version Grand Cœur Ouvert Fantôme qui est vraiment différente et fait référence aux tableaux de bords des voitures de l’âge d’or de l’automobile, les Bugatti 35 ou Amilcar entre autres !

LPP : Un petit mot pour la fin ?

MFR : Merci de m’avoir donné l’opportunité de cet entretien… Et il y a aussi plusieurs projets dans nos tiroirs qui ne vont pas tarder à être présentés, dont quelques exclusivités dont les modèles ont été déposés… qui devraient séduire un public épris d’originalité.

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