Voici une interview que nous voulions réaliser depuis bien longtemps. Nous suivons le parcours de Clément Gaud depuis ses débuts et scrutons régulièrement la page Instagram de sa marque en quête de toute photo pouvant annoncer sa prochaine sortie. Nous vouons une véritable admiration pour ce jeune entrepreneur qui réalise tout lui-même avec un niveau de qualité – à tous les niveaux – ayant de quoi faire pâlir les plus grands. Aujourd’hui donc, nous vous livrons le résultat d’un échange très intéressant avec le fondateur de Laventure.

LPP : En quelques mots, qui est Clément Gaud ?

CG : Un humain de 32 ans, un père de famille heureux, un passionné, un designer, un photographe, un aventurier de la vie…

LPP : Aujourd’hui, tu suis ta passion, mais que faisais-tu avant ?

CG : J’étudiais le Design Industriel, j’étais dans la « spécialisation Design Transports », je dessinais alors plutôt des bateaux et voitures.

LPP : Quels sont les plus beaux projets sur lesquels tu as pu travailler ?

CG : Dans mon ancienne vie de « Designer Transports », j’ai bossé sur des projets sympas pour Beneteau, Outremer Yachting et Citroen DS. Dans mon autre ancienne vie de « Designer Horloger » en agence (l’agence Etude de Style de Sébastien Perret), j’ai participé au design de pièces pour Audemars Piguet (la Haute Joaillerie Diamond Outrage, la Haute Joaillerie Sapphire Orbe, quelques Royal Oak Concept Tourbillon Volant), pour HYT (quasiment tous les modèles), Fabergé (quasiment tous les modèles), Harry Winston (l’Opus 14), Ebel (la Sport Classic), H. Moser & Cie (quasiment tous les modèles) et j’en passe…

LPP : Alors comment en es-tu arrivé à créer ta propre marque ?

CG : Un besoin d’indépendance, de liberté, de création et de suivre mes envies, mes goûts.

LPP : L’ADN de Laventure est très marqué : peux-tu présenter le concept ?

CG : Une série limitée par année explorant un imaginaire de l’aventure, réellement fabriquée en Suisse avec passion.

LPP : Y a-t-il une particularité que te permet de te démarquer des autres acteurs de l’horlogerie ?

CG : Ma force, qui est aussi ma faiblesse est que je sois seul à bord de Laventure. J’ai donc peu de frais de fonctionnement ce qui me permet de perdurer en me focalisant sur la qualité, la rareté et non la quantité. Je prends de faibles marges ce qui me permet d’arriver sur le marché avec un rapport qualité/prix intéressant.

LPP : Depuis ton Kickstarter en 2017, tu as parcouru du chemin. Qu’est-ce qui a le plus changé ?

CG : En 2017, j’ai lancé Laventure avec mes quelques économies… J’étais obligé financièrement de prendre des mandats indépendants en design, photos et films pour quelques marques horlogères en plus de gérer Laventure. Depuis 2019, je me consacre à 200% à Laventure.

LPP : La question peut paraître bête, mais pourquoi avoir visé le 100% « Swiss made » dans cette gamme de prix ?

CG : Pour moi, ce n’était pas envisageable de faire autrement. C’est une question d’éthique, d’écologie, de savoir-faire, de passion… Parce que ça paraissait impossible… Parce que personne ne le fait… J’aime prendre ma vieille Land Rover et en 20-30 minutes être chez mes fournisseurs, discuter avec eux, faire des essais, des tests…

LPP : Pour ceux qui ne se rendent pas compte des efforts nécessaires à la réalisation de chaque pièce, peux-tu nous en dire plus sur le processus de fabrication ?

CG : Il faut d’abord trouver l’idée, la dessiner, trouver les formes, les couleurs, les matières, les terminaisons, trouver des fournisseurs compétents et de confiance, faire des prototypes, des tests, faire des demandes d’offres, trouver des mouvements, corriger les prototypes, penser la campagne de vente, communiquer, faire des images (photos et films), les dossiers de presse, écrire les textes pour le site, vendre les montres, gérer toute la partie relationnelle, les emails, messages, suivre la production, s’assurer de la qualité, des délais, regrouper tout les composants, ne rien oublier, les assembler, faire les réglages et contrôles finaux, faire les cartons, les papiers d’exportations et livraisons, les envoyer, gérer les éventuelles problèmes, les services après-ventes, puis recommencer… Tout ça seul, je ne m’ennuie donc pas.

LPP : Avec la Marine II et son cadran en or, tu sembles prendre une nouvelle direction. Est-ce ta volonté de continuer à monter en gamme ?

CG : Nouvelle direction pas vraiment, Laventure a toujours été une toolwatch élégante pour moi. J’aime les matières donc c’est tout naturellement que lorsque j’ai voulu faire un cadran dans les tons « champagne/saumon » je me suis finalement porté sur de l’or massif. Les chercheurs d’or, les orpailleurs, c’est aussi un imaginaire fort de l’aventure. Pour la question de monter en gamme, pour une personne exigeante et aimant les beaux objets c’est une évidence, c’est inévitable. Chaque année je suis de plus en plus exigeant…

LPP : Vu qu’à chaque lancement tes montres partent en quelques heures, pourquoi ne pas augmenter le nombre de pièces ?

CG : En effet, c’est de plus en plus rapide ! Laventure est une micro-marque indépendante, augmenter le nombre de pièces par année est tentant mais je trouve ça dangereux, on franchit une marche, il faudrait que j’embauche. Ce n’est pas ma volonté. Il y a suffisamment de grandes marques industrielles qui inondent le marché avec des dizaines de milliers de montres chaque année… Et puis je trouve que la valeur d’un objet réside aussi dans sa rareté.

LPP : D’ici à 5 ans, à quoi ressemblera le futur de la marque selon toi ?

CG : Je n’ai pas d’ambition démesurée, de rêve de croissance infinie… Je tiens trop à mon indépendance et à ma liberté donc dans 5 ans, j’espère encore proposer une nouvelle collection explorant un imaginaire de l’aventure, un nouveau chapitre, une nouvelle histoire, toujours exclusive.

LPP : Une prochaine sortie dont tu veux bien parler ?

CG : Ce ne sont pas les idées qui manquent. Je bosse en ce moment sur un Chronographe mais je ne sais pas encore si ce sera la prochaine sortie..

LPP : Et sinon, à part entreprendre, as-tu d’autres passions dans la vie ?

CG : J’essaye de passer le plus de temps possible avec ma famille, voir ma fille grandir. Sinon, je bricole mes vieux Land Rover dans mon antre.

LPP : Merci encore pour ton temps. Un petit message à faire passer pour terminer ?

CG : Rêvez, créez, partez à l’aventure !

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