Non, ce n’est pas une marque. Ce n’est pas un studio de personnalisation et ce n’est pas non plus un détaillant de montres vintage. Seconde/Seconde/ est un projet tellement unique qu’il est difficilement définissable. En bref : on remplace la trotteuse (principalement) – d’où le nom – de votre montre par une nouvelle en décalage total avec son cadran et voilà ! Souvent avec un jeu de mots ou un gros clin d’oeil et en séries limitées. C’est tellement cool que l’on ne pouvait pas passer à côté d’une interview de Romaric André, le fondateur.

LPP : Qui est Romaric ?

RA : 40 ans. 2 enfants. Aucun animal de compagnie. Provincial devenu parisien devenu provincial. Je vois souvent le verre à moitié vide. Je fuis les gens qui citent trop souvent le mouvement Bauhaus. Et j’ai le complexe de ne rien ressentir ni rien comprendre au jazz.

LPP : Tu te souviens de ta toute première montre ?

RA : Je crois avoir sauté l’étape Flik-Flak pour arriver net sur une très jolie Swatch. Trois aiguilles. Cadran et bracelet « full floral » – un peu façon Christian Lacroix dans ma mémoire.

LPP : Peux-tu nous en dire plus sur l’avant Seconde/Seconde/ ?

RA : Dès mon diplôme j’ai fondé une société avec un ami d’enfance autour de la téléphonie mobile de luxe (à ses balbutiements dans les années 2000-2005). Ça s’est avéré être une mauvaise idée au final. Mais nous y avons passé presque 10 ans, et comme nous essayons de marier électronique et micromécanique horlogère, j’ai baigné dans cette industrie. Mon réseau et mes amitiés professionnelles viennent de là. 

LPP : Ce projet « artistique » – n’hésite pas à le redéfinir – comment est-il né ?

RA : Lors de la liquidation de notre entreprise, j’étais un peu sonné. Paumé. Mais toujours très inspiré par les montres. Je continuais à chercher des idées. Je ne voulais cependant plus repartir dans des aventures nécessitant de gros investissements. C’était insoluble. J’étais dans cette problématique de non seulement trouver une idée originale et différente…mais avec de très faibles barrières à l’entrée…de faibles coûts de développement, etc. Et un jour, j’ai machinalement tiré un trait blanc sur l’image d’un vieux chronographe suisse au cadran champagne. Ce genre de contraste du neuf et du vif sur fond d’ancien et de patine a fait ‘tilt’ : je vais twister des montres vintage avec des aiguilles flashy ! Et en ne jouant que sur l’interchangeabilité des aiguilles, je peux me permettre d’être radical, esthétiquement parlant, tout en ne détruisant rien de la montre d’origine… Du « punk poli » en somme, aussi insupportable que puisse être cet oxymore.

LPP : Ton style nous fait vraiment penser aux années 80. Qu’est-ce qui t’inspire ?

RA : Je n’ai absolument aucune formation artistique, graphique, ou que sais-je. Donc je travaille à l’instinct, à l’œil, à la pulsion. Je suis souvent embarrassé de trouver ou de revendiquer une inspiration. Mes designs pixelisés ne sont pas une nostalgie de old-school gamer. Ça répond seulement à une quête d’efficacité et de contraste car ce vocabulaire graphique détonne au contact des codes esthétiques horlogers. Mon recours à des outils et des matières basiques pour mes compositions Instagram (carton, papier, ciseaux, cutter) ne vient pas d’une passion minimalisto-japonisante. C’est davantage une réponse et un contre-pied face aux ambiances parfois surprotéinées auxquelles on a souvent droit sur ce marché.    

LPP : Petite question technique : le fait de changer une aiguille a-t-il une incidence sur la précision ?

RA : Ça peut. Notamment sur les trotteuses. Beaucoup moins sur les minutes ou sur les heures. Je prends évidemment soin que mes aiguilles n’aient aucune incidence mécanique sur la bonne marche de la montre. En outre, la précision des montres vintage n’est pas vraiment un sujet.

LPP : Parlons de ton fameux projet avec H. Moser & Cie (que l’on admire énormément). Comment en es-tu arrivé à travailler avec eux ?

RA : Je suis proche des frères Meylan depuis plusieurs années. J’apprécie leur vision. Tout le monde pense savoir quoi faire pour « réveiller une belle endormie » mais peu y arrivent vraiment. Eux sont patients et savent qu’une marque s’inscrit et prend ses galons dans la durée. Et ils ont cette dose de culot nécessaire pour « tenter une sortie » plutôt que de mourir à petit feu coincé dans le peloton. Mon côté un peu « ovni » a dû leur plaire et la collab s’est faite très naturellement.

LPP : Était-ce ta première collaboration ? 

RA : Non, ma deuxième. J’ai travaillé une capsule avec Massena Lab auparavant. William Massena est une sommité de la communauté horlogère mondiale et c’est un des premiers qui a cru en moi alors que je n’avais qu’un PowerPoint pour exprimer ma vision qui était plutôt loufoque.

LPP : Parmi toutes tes créations, pour lesquelles as-tu un faible particulier ?

RA : Celles qui ne verront jamais le jour. Car trop bancales, pas claires, grossières ou sans réelle force ni potentiel. Elles ne sont que dans ma tête comme un panthéon de « petits ratés » que je ne partagerai pas. J’aime les relations exclusives.

LPP : Une anecdote à nous raconter sur l’une d’elles ?

RA : Non. En plus d’être exclusif, je suis très secret.

LPP : Concrètement, si l’on veut faire appel à toi, comment est-ce que ça fonctionne ?

RA : Les marques qui veulent travailler avec moi savent me trouver. Les particuliers, eux, peuvent soit acheter mes aiguilles seules, soit me solliciter pour leur livrer la montre complète. Par contre, je décline quasiment toute demande de « custom ». Je ne veux faire que des choses qui ont du sens pour moi et qui résonnent ensuite chez mes clients.

LPP : Quel budget faut-il prévoir ?

RA : Une aiguille seule c’est quelques centaines d’euros. Pour une montre complète, ça commence aux alentours de 3-4k€.

LPP : Et un « vrai » custom, c’est envisageable ?

RA : Non, comme suggéré plus haut. Saut à de très très rares exceptions quand la requête du client fait émerger chez moi une idée que je peux revendiquer comme mienne ensuite.  

LPP : Tu dois avoir plein de projets devant toi. La prochaine étape, c’est quoi ?

RA : De nouvelles collabs. Une aiguille signature. Et j’espère même des choses qui évolueront presque vers « l’installation artistique ».

LPP : Si on lance un podcast, ça te dit te remettre le couvert ?

RA : J’y suis toujours très réticent…mais je ferai une exception pour vous.

LPP : Merci encore pour ton temps. Un petit mot pour la fin ? 

RA : Une 33mm de diamètre sur un poignet d’homme c’est très chic.

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