Je regarde les montres MB&F depuis près de 10 ans. Avec la même fascination à chaque fois… et la même certitude : je n’en possèderai probablement jamais une. Trop radicales et pas assez versatiles pour le prix. Et pourtant, c’est exactement ce type d’objet qui m’attire depuis toujours. Des pièces qui ne cherchent pas à plaire, qui déroutent au premier regard, presque jusqu’au rejet pour les autres. Puis l’année dernière, à Genève, on m’a présenté cette SpaceOne Worldtimer en avant-première. Même choc. Même fascination aussi. Sauf qu’ici, pour la première fois, l’idée devient concrète. Il me fallait l’essayer le temps d’une journée pour vous donner mon ressenti, et surtout voir si je vais vraiment finir par craquer…

SpaceOne, une vision futuriste de l’horlogerie française

Fondée en 2023, SpaceOne fait partie de ces nouvelles marques qui ne cherchent pas à réinterpréter le passé, mais à proposer une vision résolument innovante, tournée autant vers le futur que l’espace. Derrière le projet, on retrouve notamment Guillaume Laidet, entrepreneur bien connu dans le paysage horloger – à qui l’on doit notamment la renaissance de Nivada Grenchen puis le nouvel essor de Vulcain – ainsi que l’horloger indépendant Théo Auffret, dont le travail apporte une véritable légitimité technique à l’ensemble.

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Depuis ses débuts, la marque développe une horlogerie dite “néo-futuriste”, inspirée directement de l’imaginaire spatial et d’une certaine manière du design des années 60 liées à la conquête de l’espace. Loin des codes traditionnels, SpaceOne impose une esthétique forte, voire conceptuelle, qui évoque davantage une coque de vaisseau qu’un combo boîte-cadran classique. Avec cette Worldtimer, troisième modèle de la marque né de l’imaginaire d’un designer automobile bien connu nommé Olivier Gamiette, SpaceOne pousse encore plus loin cette approche, tout en introduisant une complication aussi utile qu’universelle : le worldtimer.

Un Worldtimer pas comme les autres

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Sur le papier, la SpaceOne Worldtimer affiche une fonction bien connue : celle de pouvoir lire l’heure dans les différents fuseaux horaires de notre planète. Mais dans les faits, son interprétation est totalement inédite. Ici, pas d’aiguilles. Tout passe par un système de disques rotatifs répartis sur trois zones distinctes : les heures en bas, les minutes et secondes à droite, et la fonction worldtimer à gauche avec un disque 24 heures associé aux grandes villes du monde. Au premier regard, l’ensemble semble presque illisible. Une sorte d’objet horloger non identifié.

Et pourtant, après quelques secondes, tout devient étonnamment clair. La lecture est intuitive, presque ludique, comme si l’on apprenait une nouvelle manière de lire le temps. C’est probablement l’un des plus grands succès de cette montre : réussir à être à la fois déroutante et évidente. Et oui, il faut deux coups d’oeil plutôt qu’un, mais l’efficacité n’est pas ce que l’on cherche avec une telle pièce…Déjà, l’année dernière – presque instantanément – le coup de cœur était là. Mais c’est au poignet que tout prend véritablement sens.

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Sur le papier, les dimensions font peur : 52,7 mm de largeur pour près de 16 mm d’épaisseur. Pourtant, la réalité est tout autre. Avec mon maigre poignet de 17 cm, jamais je n’aurais imaginé pouvoir porter une montre de ce gabarit… et pourtant, elle fonctionne. La raison est simple : la montre est sculpturale. Sa forme s’affine, épouse le poignet, et sa construction en titane la rend étonnamment légère. L’épaisseur, quant à elle, disparaît presque visuellement grâce aux volumes galbés et aux verres saphirs bombés qui créent un effet de profondeur maîtrisé. Le résultat est assez troublant : ce n’est pas du tout une “grosse montre”. C’est un objet qui semble avoir été pensé comme une extension du poignet, presque organique.

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Et puis il y a le regard des autres. Certains ne comprendront pas. D’autres iront jusqu’au dégoût. Mais les passionnés, eux, seront immédiatement happés. C’est une montre qui crée la discussion, systématiquement, c’est garanti. À l’intérieur, la SpaceOne Worldtimer repose sur un mouvement automatique Soprod P024, un calibre suisse fiable et éprouvé que l’on retrouve dans de nombreuses productions indépendantes. Mais l’essentiel n’est pas là. Toute la magie réside dans le module Worldtimer développé par Théo Auffret et assemblé en France, qui vient transformer cette base classique en une architecture d’affichage totalement unique.

C’est précisément ce choix qui rend la montre si intéressante : plutôt que de chercher la performance brute, SpaceOne mise sur l’intelligence de conception. Le résultat est une montre techniquement accessible, mais visuellement et conceptuellement spectaculaire. On pourrait presque résumer la philosophie ainsi : une base simple au service d’une idée forte. Difficile de ne pas penser à MB&F en découvrant cette Worldtimer. Même audace, même approche presque artistique de l’horlogerie, même volonté de casser les codes. Mais avec une différence majeure : ici, le prix reste “accessible”.

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Proposée à 3 240 € TTC, la SpaceOne Worldtimer se positionne dans une zone tarifaire encore atteignable pour une vraie pièce horlogère aussi singulière. Et c’est probablement là que réside toute sa magie. Cela fait des années que j’adore admirer des créations totalement folles, en sachant pertinemment que je ne franchirai jamais le pas. Avec cette SpaceOne, pour la première fois, cette idée devient concrète. Alors oui, cela reste un budget. Oui, le côté édition limitée joue sur mon désir. Mais au regard de ce qu’elle propose, la proposition est presque unique sur le marché.

Verdict : une folie horlogère enfin accessible

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La SpaceOne Worldtimer n’est pas une montre rationnelle. Elle ne cherche pas à plaire à tout le monde. Elle ne coche pas toutes les cases. Et c’est précisément pour cela qu’elle trouve son public. C’est une montre de passionné. Une montre de caractère. Une montre que l’on choisit pour soi, pas pour les autres. Personnellement, j’adore. J’aime son audace et aussi ce qu’elle représente : une porte d’entrée vers une horlogerie plus libre, plus créative, plus folle. Mais je me connais. Et c’est peut-être là son seul “défaut” : j’ai aussi peur de m’en lasser. Parce que ce type de montre est intense. Très intense. Et en même temps… c’est peut-être justement ça, le luxe ultime aujourd’hui : porter une montre qui provoque quelque chose de fort. Bref, j’hésite encore !

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CARACTÉRISTIQUES – SPACEONE WORLDTIMER TITANIUM

Boîtier : Titane grade 5
Dimensions : 41,9mm x 52,7mm x 12,3mm
Étanchéité : 30 mètres (3 ATM)
Cadran : Noir
Mouvement : Automatique
Calibre : Soprod P024 avec module maison
Bracelet : Textile
Boucle : Ardillon
Prix : 3 240 € TTC