Aujourd’hui, nous passons quelques minutes avec un jeune entrepreneur, Colin de Tonnac, dont la marque Semper & Adhuc propose un concept novateur : offrir de nouveaux habillages à des mouvements vintage devenus orphelins. En bref, trouver des calibres anciens puis les emboîter dans de nouvelles montres afin de leur redonner vie. Une sorte de projet éco-responsable « made in France » s’adressant aux amateurs d’horlogerie. Lumière sur le fondateur de ce projet tout juste lancé sur Kickstarter.

LPP : Bonjour Colin et merci de nous accorder un peu de ton temps en cette période très chargée pour toi. Dis-nous, comment as-tu connu notre site ?

CDT : Bonjour Ludovic, merci à toi de me recevoir sur Le Petit Poussoir. J’ai connu le site comme beaucoup ici, en cherchant des informations pertinentes sur des modèles en particulier, à l’époque j’avais fini par choisir la Mondaine EVO automatique !

LPP : En quelques mots, qui est Colin de Tonnac ?

CDT : Un horloger toujours heureux de se mettre à l’établi avec une furieuse envie de donner vie à des garde-temps de sa propre création !

LPP : Quand as-tu commencé à t’intéresser aux montres ?

CDT : Tout petit je suis d’abord passé par les horloges et pendules qui m’hypnotisaient, et de tout ce qui était mécanique puis de fil en aiguille, à force de vouloir comprendre le fonctionnement des choses qui m’entouraient et ma fascination pour l’échelle de l’infiniment petit je suis naturellement arrivé aux montres.

LPP : Te souviens-tu de ta toute première montre ?

CDT : Avec émotion même, une petite Swatch bleue, offerte par mes parents pour mes 6 ans, la première aussi à être passée par un démontage (pas du tout dans les règles) quand la pile a montré ses premiers signes de faiblesse.

LPP : Et que préfères-tu porter en ce moment ?

CDT :  À vrai dire, depuis un an maintenant je ne porte quasiment plus que les prototypes Semper & Adhuc, avec un faible pour l’Inopinée originale, un an à porter, tester, modifier, montrer.

LPP : Ton Graal (dans un monde idéal) ?

CDT : Une Reverso classique heure-minute de chez Jaeger-Lecoultre, depuis que mon regard a croisé cette icône, je dois avouer qu’elle m’obsède un peu !

LPP : Revenons à nos moutons : comment est né le projet Semper & Adhuc ?

CDT : Tout d’abord d’une envie de fonder ma propre marque de montres et de ma passion pour les mouvements anciens. Dans un premier temps je les chinais pour me faire la main en tant qu’étudiant horloger puis c’est rapidement devenu une passion. Le mouvement, c’est le cœur de la montre, et quand ce dernier a en plus déjà du vécu, on fait face à un véritable petit bijou mécanique du patrimoine…Il fallait que je trouve une solution pour leur redonner leur fonction première et Semper & Adhuc est né de cette idée.

LPP : Pourquoi ce nom ?

CDT : C’est un clin d’œil au concept même de la marque, le latin pour rappeler l’ADN français de ces montres, puis la signification « Depuis toujours et jusqu’ici » une façon de rappeler que nous redonnons vie à des mécanismes qui frôlent parfois le centenaire dans un habillage contemporain.

LPP : Au premier coup d’oeil, on ne se rend pas compte des efforts nécessaires à la réalisation de chaque pièce. Peux-tu nous en dire plus sur ton processus de fabrication ?

CDT : Chaque mouvement subi un rhabillage complet à l’atelier, selon ce que leur a réservé l’histoire cela peut prendre beaucoup de temps. Les boîtiers ont été conçus ici et sont usinés en Dordogne tout comme les couronnes puis je fais les opérations de gravures à l’atelier avec un pantographe mécanique. Je réalise les cadrans à l’interne avec la technique de la tampographie, les aiguilles sont fabriquées par la dernière maison française à avoir conserver ce savoir-faire, les verres sont taillés dans la Drôme provençale et les bracelets réalisés entièrement à la main chez un artisan maroquinier de Bordeaux. Le packaging est fait en Aquitaine également, mis bout à bout tout cela représente beaucoup d’heure de travail.

LPP : Comment sélectionnes-tu tes mouvements et d’où proviennent-ils ?

CDT : Les mouvements que j’utilise sont la plupart du temps issus de ce que l’on appelle des « fontes » : des familles qui apportaient chez leur horloger ou bijoutier de beaux garde-temps pour faire fondre l’habillage souvent en métal précieux afin d’en tirer la valeur financière ou pour refaire un nouveau bijou, résultats des mouvements se retrouvaient « orphelins ». D’autres viennent aussi de rhabillages pour lesquels un arbitrage économique devait décider qu’un changement standard de mouvement était plus rentable qu’une réparation complète.

LPP : Les répares-tu ? Les révises-tu ? Comment fonctionnera le SAV ?

CDT : Tous passent sur mon établi pour un rhabillage complet, à savoir démontage, nettoyage, changement des pièces manquantes ou endommagées, remontage et enfin réglage. Pour le SAV nous mettrons en place un service de retour postal spécifique pour les non-bordelais et ce sera de nouveau sur mon établi que cela se passera.

LPP : Toutes tes créations sont « made in France ». Que fais-tu fabriquer dans nos contrées ?

CDT : Pour le moment le mouvement restauré est d’origine suisse et la boucle ardillon brute est anglaise, mise à part ces deux composants et quelques consommables comme les lubrifiants et les joints le reste est réalisé en France. Mais je continue à chercher les bons partenaires pour arriver à l’objectif 100 %.

LPP : C’est un projet plutôt hors du commun alors comment vois-tu le futur de la marque ?

CDT : Avec beaucoup d’enthousiasme ! Beaucoup de projets en tête également, d’abord la restauration de mouvements français, histoire d’aller au bout de la démarche du produire local. Puis dans un second d’autres calibres, avec d’autres complications, d’autres dessins de collections et à moyen terme un service « à la carte » sur rendez-vous à l’atelier. Je voudrais également mettre à profit le fait d’être une petite maison horlogère pour développer avec les futurs porteurs une relation privilégiée.

LPP : Et sinon, à part entreprendre, que fais-tu d’autre dans la vie ?

CDT : Beaucoup de cinéma, quelques voyages, un peu de photo, l’apprentissage du surf, un mariage en préparation et des moments de repos à la campagne dans les Landes 😊

LPP : Un petit mot pour la fin ?

CDT : J’espère sincèrement que les montres Semper & Adhuc feront des heureux ! Et j’espère que le petit film de présentation vous plaira autant que cela m’a plu de le tourner avec mes amis, une drôle d’expérience à vivre ! Rendez-vous sur la campagne Kickstarter pour le visionnage !

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