Pendant plus d’un siècle, les chronographes Dodane ont accompagné les pilotes dans les cockpits. Des bombardiers de la Première Guerre mondiale aux avions de chasse modernes, la maison française s’est imposée comme l’un des grands noms de l’horlogerie aéronautique. Mais derrière cette réputation se cache une histoire familiale unique, portée par cinq générations d’horlogers. Entre innovations, succès militaires et périodes plus tourmentées, retour sur la saga Dodane.

Aux origines : une manufacture familiale née dans le Doubs

La marque Dodane est créée en  1857 à La Rasse par Alphonse Dodane et son beau-père François-Xavier Joubert. Leur projet consiste à créer une fabrique d’horlogerie et un atelier d’ébauches destinées à d’autres maisons. L’implantation au fond des gorges du Doubs, à proximité de la frontière suisse, permet d’exploiter la force hydraulique de la rivière pour alimenter l’outil de production. L’activité est florissante et cette première usine comptera jusqu’à 120 ouvriers.

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Dodane se tourne vers l’aviation naissante

En 1905, la manufacture est transférée à Morteau, pour des raisons logistiques. À la veille de la Première Guerre mondiale, Alphonse Gabriel Dodane, la deuxième génération, reprend l’entreprise familiale et lui donne une orientation nouvelle. Convaincu de l’importance croissante de la conquête de l’air, il développe des instruments adaptés à l’aviation. Ainsi, en 1917, face aux difficultés de précision des bombardements aériens, il met au point un chronographe à rebours d’une conception innovante pour corriger les écarts de tir. Cette invention marque un tournant décisif : l’entreprise se spécialise alors dans les chronographes de bord destinés aux avions de combat, notamment ceux issus des usines Dassault.

Type 20 et Type 21 : les chronographes militaires qui consacrent Dodane

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En 1929, Dodane déménage de nouveau : Raymond Dodane, la troisième génération, installe la manufacture à Besançon. Au début des années 50, Dodane remporte le marché des Type 20, aux côtés de Breguet, Auricoste et Vixa, et fournit environ 5 000 Type 20 et Type 21 aux forces armées. La qualité est au rendez-vous et Dodane obtient même l’homologation RAQ2 (Règlement sur l’Assurance de la Qualité) du Service de Surveillance Industrielle de l’Armement. Ainsi auréolée, elle devient fournisseur officiel de l’OTAN, mais aussi de compagnies aériennes civiles, françaises ou étrangères, et de l’aéropostale.

L’âge d’or industriel et les instruments pour l’aviation moderne

En 1983, Laurent et Michel Dodane, la quatrième génération, succèdent à leur père et prennent la direction de l’entreprise. La production atteint alors jusqu’à 100 000 montres par an, distribuées sur les cinq continents. En parallèle, la société travaille comme sous-traitant pour Heuer, Sinn et Van Cleef & Arpels.

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Mais le marché militaire n’est pas oublié pour autant. Dodane devient même la seule entreprise française homologuée pour la fabrication de chronographes altimétriques destinés aux parachutistes pratiquant le saut de nuit à ouverture retardée. Elle développe aussi un compteur au 100e de seconde pour le contrôle des sièges éjectables utilisés par l’aérospatiale. En 1983, l’Armée allemande confie à Dodane le développement d’un instrument chronographique de bord révolutionnaire : le Type 211. Ce modèle est intégré aux tableaux de bord des hélicoptères Tigre, des avions Mirage 2000 et des Rafale.

Mais malgré cette expertise technologique, l’entreprise subit une forte baisse de la demande au début des années 90, avant de cesser son activité en 1995. Une période s’achève alors pour la maison.

La renaissance de Dodane au XXIe siècle

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Au début des années 2000, Cédric Dodane, la cinquième génération,  relance l’activité. En 2001, face à une demande persistante en pièces de chronographes de bord militaires, la marque renaît et recommence la commercialisation d’un stock de pièces et d’instruments datant de 1995. L’aéronautique est toujours au cœur de la marque, et en 2005, une nouvelle Type 21 est produite dans l’esprit des modèles d’origine, équipée d’un mouvement ETA 2892 associé à un module chronographe Dubois Dépraz. Puis en 2007, Dodane accompagne l’Association Armor Aéro Passion, et à partir de 2009, la quatrième réédition du Type 21 équipe les pilotes du Cartouche Doré, patrouille acrobatique de l’Armée de l’Air, ainsi que les pilotes présentateurs Alphajet Solo Display. Enfin, en 2012, place à la nouveauté : Dodane dévoile la Type 23, dont les spécifications techniques sont définies par le ministère français de la Défense.

Cependant, les ventes militaires continuent de diminuer. Les instruments électroniques, notamment ceux de Garmin, remplacent progressivement les chronographes mécaniques de bord. Le contexte concurrentiel évolue aussi, avec la présence de marques telles que Bell & Ross, IWC, Breguet, Breitling, Auricoste et Airain (relancée en 2020). La petite entreprise familiale n’est pas de taille, et en 2023, la liquidation judiciaire est prononcée. Parmi les quatre fabricants originels de Type XX, seules Breguet, Airain et Auricoste poursuivent encore la production de ce chronographe emblématique.

Les chronographe qui ont fait la légende de Dodane

Les modèles les plus emblématiques de Dodane sont bien évidemment des chronographes d’aviateurs. Avec la Type 20 et la Type 21, Dodane s’est bâti une solide réputation dans les cockpits du monde entier. Et la Type 23, une version modernisée de ses illustres aïeules, prouve que Dodane sait encore concevoir des montres-outils de premier plan.

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Mais ce n’est pas tout : Dodane s’est aussi illustré avec ses instruments de bord. Les Type 11, 211 et 311 ont équipé la plupart des appareils militaires européens : Mirage, Alpha Jet, Jaguar, Tornado, Ecureuil, Rafale, Puma, Super Puma, Tigre… Une carrière impressionnante qui démontre, une fois de plus, l’expertise de Dodane en la matière.

Quel avenir pour la maison Dodane ?

Si la société est liquidée, la marque Dodane elle-même demeure la propriété de Cédric Dodane. L’avenir reste incertain et une éventuelle reprise est évoquée. Et ce serait amplement mérité ! Car Dodane a des arguments à faire valoir : une légitimité incontestable, un savoir-faire immense et une volonté sans faille d’accompagner les aviateurs. Alors il ne reste plus qu’à croiser pour que Dodane reprenne son envol aux mains d’un pilote expérimenté.