C’était il y a tout juste un an : la manufacture française basée à Morteau naviguait une fois de plus en eaux troubles. Au bord de la fermeture définitive de ses portes, la société a été sauvée par 4 de ses cadres : Dany Royer, Aymeric Vernhol, Bernard Espinas et Antoine Commissione. Une nouvelle équipe prête à amorcer un grand virage afin de relancer la marque en misant sur les bons pions et en donnant une nouvelle âme à l’image de la marque. Aujourd’hui donc, nous passons quelques minutes avec l’un des nouveaux dirigeants de Pequignet.

LPP : Bonjour Aymeric et merci de nous accorder un peu de votre précieux temps. Dites-nous, comment avez-vous connu Le Petit Poussoir ?

AV : Bonjour Ludovic, par le bouche à oreille, et très vite je me suis mis à vous suivre, car j’aime l’ouverture d’esprit de votre blog. J’apprécie le fait que votre discours soit clair et concis, pas trop de pub, et surtout un guide d’achat horloger pour toutes les bourses. Bravo.

LPP : Avec plusieurs associés, vous êtes désormais à la tête de la manufacture française Pequignet. Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

AV : J’ai un parcours exclusivement horlogerie et commercial/encadrement. Swatch Group pendant 13 ans sur les marques Tissot, puis Hamilton. Festina Group pendant 6 ans en direction commerciale sur l’ensemble des marques du groupe, puis Pequignet depuis 5 ans.

LPP : Plus qu’un métier c’est donc une véritable passion. Quand avez-vous commencé à vous intéresser aux montres ?

AV : Dès mon plus jeune âge selon ma mère qui a ressorti une rédaction de 5ème qu’elle avait conservée. Dans la maison de mes rêves, il y avait une pièce avec dans une vitrine, toutes mes montres.

LPP : Vous souvenez-vous de votre toute première montre ?

AV : Bien sûr, c’était une Citizen plaquée sur cuir noir, offerte par mon parrain. Mon premier achat a été une Submariner Date de 1984, je l’ai toujours.

LPP : Revenons à Pequignet : pouvez-vous nous présenter la marque ?

AV : Pequignet, c’est la marque française par excellence ! Créée en 1973, la marque généraliste classique et élégante que l’on retrouvait dans toutes les familles lors des communions, fiançailles ou anniversaires. Puis son créateur Emile Pequignet lui insuffle un nouvel élan  dans les années 90 avec deux innovations majeures, introduction de l’or et acier, puis des montres dessinées pour les femmes et non juste des montres d’homme réduites en 29 ou 34 mm. Pequignet trouve sa place et traverse la crise du quartz et l’arrivée des groupes horlogers suisses. Emile Pequignet vend son entreprise en 2004. Le repreneur se lance dans la création du calibre Royal qui verra le jour en 2011. Ce calibre est la pépite de l’entreprise.

LPP : La manufacture a failli disparaître et ce n’est pas la première fois. Que s’est-il passé ?

AV : En effet, les raisons du premier échec sont très simples, le calibre a été lancé sur le marché sans être fiabilisé, l’équipe de l’époque était acculée financièrement. Reprise, puis gros travail de fiabilisation qui a permis la relance de la Manufacture, développement de nouvelles lignes Horloger Créateur, peut être trop et trop vite ? Puis l’investisseur jette l’éponge par choix personnel. Nous sommes le 30 novembre 2016 ! Nous avons eu la décision du choix de notre dossier de reprise le 28 février 2017.

LPP : Pour le coup, quelle nouvelle direction avez-vous décidé de prendre ?

AV : Nous consolidons notre réseau Manufacture, nous réduisons le nombre de lignes sur Horloger Créateur afin de revenir à l’ADN de la marque (montre féminine, lignes historiques…)

LPP : Et quel est le ressenti des clients pour ce nouveau départ ?

AV : La marque a une cote affective incroyable, les consommateurs suivent, les détaillants nous soutiennent, nous avons un gros travail à faire pour rassurer et redonner confiance.

LPP : Y a-t-il une particularité qui vous permet de vous démarquer des autres acteurs de l’horlogerie ?

AV : Nous sommes le seul calibre manufacturé français, et nous sommes indépendants. Notre légèreté de structure nous donne une souplesse, et de nombreuses possibilités de personnalisation, de commandes spéciales, uniques, que les grands groupes ne traitent pas sur de petites quantités.

LPP : D’ailleurs, à quoi ressemble le porteur type d’une montre Pequignet ?

AV : Il aime la France, il aime l’authentique et fuit le bling-bling, il est amateur du beau sous toutes ses formes.

LPP : Passons au fameux calibre Royal. Pouvez-vous nous le présenter ?

AV : Je serais tenté de vous dire, on ne le présente plus….Mais en quelques mots, 88h de réserve de marche garanties par le grand barillet, 9 brevets, remontage à la couronne dans les deux sens, grande date triple saut instantané, phase de lune, le meilleur rapport qualité/prix/complications du marché horloger actuel.

LPP : Et quel est le modèle le plus populaire de la gamme ? Pourquoi celui-ci en particulier ?

AV : La réserve de marche simple en cadran bleu. Le prix bien sûr, 3800 €, et l’accès à la manufacture sur un produit actuel et confortable avec son bracelet Cordura.

LPP : De votre côté, s’il ne devait rester qu’une seule montre, ce serait laquelle ?

AV : De Pequignet ? La Paris Royale cadran guilloché petite lune, celle que j’ai achetée en arrivant chez Pequignet.

LPP : D’ici à 5 ans, à quoi ressemblera la marque selon vous ?

AV : Elle aura grandi en notoriété en Europe et au Japon, car nous aurons porté son image de marque et sa cote affective qui sont excellentes.

LPP : Un petit mot pour la fin ?

AV : À tous ceux qui aiment l’horlogerie, faites-vous plaisir, à tous les prix, et français !!!