Il existe parfois des maisons qui certes ne sont pas nécessairement centenaires mais qui aujourd’hui font partie aujourd’hui des grands noms de l’horlogerie. C’est le cas de Richard Mille. Provenant d’une famille modeste du Var, cet horloger originaire de Draguignan a fondé la manufacture éponyme en 1999 après avoir quitté son poste de directeur général de la division joaillerie de Mauboussin. Lumière sur cette jeune marque devenue une institution horlogère.

Richard Mille : l’avènement d’un projet né d’un désaccord

En complet désaccord avec la politique de la maison française, Richard Mille se rapproche de Dominique Guénat, ami de longue date et détenteur de la maison Montres Valigne pour fonder le projet Richard Mille. Ces deux férus d’horlogerie se sont rencontrés pour la première fois en 1988 à Besançon lorsqu’ils travaillaient ensemble pour la Compagnie Générale Horlogère. Dès lors, l’aventure est lancée et ces deux français obtiennent le soutien de Lucien Tissot, grand avocat spécialisé dans le domaine horloger ainsi que de la participation de la manufacture d’horlogerie suisse Audemars Piguet pour lancer son premier tourbillon avec la RM 001.

Le véritable objectif de ce passionné de mécanique était de créer la montre la plus radicale possible sans regarder à un seul moment le coût de fabrication de celle-ci. De cette volonté folle va naître la RM 001, symbole d’une nouvelle ère dans l’industrie de l’horlogerie très haut de gamme. Ce premier garde-temps véritablement futurist se voulait être à la pointe de la technologie grâce à l’utilisation de matériaux comme le titane de grade 5 présent dans la Formule 1 ou encore l’aérospatial. Cette vision de l’horlogerie a su convaincre une clientèle à la recherche de montres d’une fiabilité et d’une résistance extrême tout en faisant le choix d’assumer une esthétique audacieusement moderne.

La création d’un tourbillon, emblème de la manufacture

Au sein d’un boîtier de 38mm par 45mm pour une épaisseur de 12mm, la RM 001 illustre parfaitement 3 ans de recherche et de réflexion autour d’un seul et unique objectif : produire un garde-temps sans artifice en laissant de côté les problématiques liées à son coût de production. Vous comprendrez bien que, partant de ce constat, le résultat de ce type de projet est nécessairement exceptionnel. Disposant de la forme d’un tonneau si cher à l’identité visuelle de Richard Mille, la RM 001 embarque du verre saphir sur la face et le fond pour laisser transparaître un mouvement réalisé par la jeune manufacture. Composé de 267 pièces, le mouvement est rythmé par un tourbillon et dispose d’un indicateur de couple en plus de son indicateur de réserve de marche.

Cette fonctionnalité très présente chez l’horloger français, permet de déterminer la tension du ressort moteur. Lorsque le ressort est trop lâche, la tension se situe sous les 53dNmm et lorsque celle-ci est trop grande, elle se situe au-dessus de 63dNmm. Poursuivant une volonté d’assurer une précision sans égale, l’audacieuse manufacture a réalisé un barillet à inertie variable permettant d’obtenir une exactitude chronométrique sans égal. Ce barillet dispose d’un système de rotation rapide lui permettant de faire un tour complet en 6 heures au lieu de 7,5 heures, assurant ainsi une bonne performance en réduisant l’adhérence en interne du ressort-moteur tout en permettant de disposer d’une efficacité extrême en termes de performance et de régularité concernant la réserve de marche. Enfin, cet ingénieux système de barillet permet d’assurer une bonne répartition de la tension interne en ce qui concerne le ressort-moteur.

Lors de la présentation de la jeune marque au Baselworld de 2001 et à l’instar de ses concurrents, la légende raconte qu’afin de prouver la robustesse extrême de son garde-temps, il jetait tout simplement celui-ci au sol. Ce n’était pas un comportement anodin dans ce genre d’évènement où l’on fait en sorte d’installer les montres sur de véritables piédestaux afin de les sublimer. De plus, à l’époque où la valeur d’une montre était en corrélation avec son poids, en proposant des tourbillons à près de 100,000 euros alors que la montre ne comprend ni or ni diamant, Richard Mille passe pour un véritable ovni dans le domaine de la haute horlogerie. De nombreux détracteurs ne donnaient pas cher de la longévité de la marque tricolore fraîchement installée en Suisse, mais comme a pu le dire Arthur Koestler : « Plus une découverte est originale, plus elle semble évidente par la suite ».

Une des illustrations de cette recherche de la perfection

Rapidement installée en Suisse à Breuleux, la manufacture française va obtenir plusieurs grandes distinctions notamment l’aiguille d’or du grand prix d’horlogerie de Genève en 2007 ainsi qu’un prix pour sa montre de plongée dénommée RM 032 en 2013. Pourtant, il convient de se poser la question si ces montres attirent une clientèle lorsque certaines pièces atteignent le demi-million d’euros. Pourtant, à entendre les proches de l’entrepreneur, la demande dépasse la production et la manufacture donne naissance à près de 2,500 pièces par an. C’est une véritable réussite pour cet entrepreneur qui n’est pas un artisan horloger de formation, mais comme il est très fier de le dire : « Enzo Ferrari n’était pas ingénieur automobile. Cela ne l’a pas empêché de construire de superbes voitures de sport ».

En restant dans le domaine automobile, voici une des collections que le varois a réalisées pour les 50 ans de carrière de son ami de longue date, Jean Todt, ancien directeur de l’équipe Formule 1 de la Scuderia Ferrari et maintenant président de la Fédération Internationale de l’Automobile. Ces hommes se sont liés d’amitié grâce à des points communs : l’amour de la haute horlogerie, de l’automobile mais aussi d’une passion pour la recherche du détail. La RM 056, fruit de cette amitié, est un garde-temps spectaculaire dont seul Richard Mille a le secret. Dans un boîtier fait de quartz TPT, un matériau spécialement réalisé en collaboration avec North Thin Ply Technology et composé de 600 couches de silice, la résine de couleur bleue exclusive à la marque française donne au boîtier un habillage du plus bel effet. On retrouve au sein de ce dernier un calibre en titane de grade 5 qui comporte un chronographe à rattrapante contrôlé par un tourbillon. Comme le coût étant le cadet des soucis du français, on observe une véritable squelettisation des ponts et de la platine. Après plus de 1000 heures d’usinage dont près de la moitié en meulage et polissage, on obtient un boîtier de 9 grammes avec des performances exceptionnelles. Oui, vous avez bien lu, le boîtier de ce garde-temps pèse l’équivalent de 9 timbres ! Enfin, il existe aussi la RM 056 disposant d’un boîtier intégralement en saphir. Ces deux garde-temps font partis d’un tryptique de modèles uniques pour un prix affolant tous les compteurs, soit plus de 2 millions d’euros.

Une jeune marque faisant déjà figure d’institution

Moins de 20 ans après sa création, la manufacture créée par Richard Mille fait déjà figure de pilier de la haute horlogerie mondiale. Attirant une clientèle extrêmement aisée étant à la recherche de la perfection horlogère, le carnet de commande de l’ancien directeur de la division joaillerie de Mauboussin ne se vide pas, au contraire, la demande croît sans cesse. Le savoir-faire de cette jeune maison s’est déjà distingué à travers de nombreux modèles qu’elle pu réaliser pour ses plus fidèles clients ou ambassadeurs dont les exemples sont légions. Qu’il s’agisse des amortis foulant la terre battue de Roland Garros de Rafael Nadal équipé de sa RM 27-02 Tourbillon ou encore du poignet de Felipe Massa au volant de sa Formule 1 pour l’écurie Ferrari, le français conceptualise et réalise de véritables montres-outils totalement adaptées aux nécessités extrêmes de chacun des domaines. Toutefois, le parcours de la manufacture n’a pas été un long fleuve tranquille. Chaque nouveau garde-temps réalisé représente un véritable défi en lui-même et souvent, il y a des ratés. Par exemple, il aura nécessité pas moins de 6 montres lamentablement brisées par le tennisman espagnol avant de trouver la recette miracle permettant à la montre de résister à des accélérations de près de 600G. C’est grâce à la détermination, le perfectionnisme et le travail d’un homme que la marque a pu se déployer jusqu’au plus hautes strates de la haute horlogère.

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