Vous le savez, au Petit Poussoir, notre crédo ce sont les montres mécaniques abordables. Et ceux qui lisent régulièrement nos colonnes l’auront remarqué, on retrouve très souvent des calibres ETA, et plus particulièrement leur best seller 2824-2, au cœur de ces montres. Pas étonnant lorsque l’on sait qu’ETA produit 75% des mouvements mécaniques suisses. Le plus souvent, pour le décrire, on peut lire : « un tracteur fiable et robuste que l’on ne présente plus ». Alors justement, pour une fois, nous allons faire les présentations en bonne et due forme, et découvrir l’histoire de ce mouvement automatique trop souvent qualifié de basique.

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La société Ebauches S.A.

Pour bien appréhender les origines du 2824-2 et comprendre pourquoi il est devenu incontournable aujourd’hui, une petite présentation de la société ETA s’impose. Dans les années 1920, l’horlogerie suisse bénéficie déjà d’une renommée internationale. Et ce qui fait sa réputation, c’est la qualité de ses mouvements. Or à cette époque, il existe une multitude de sociétés qui fabriquent les différentes pièces qui les composent : d’un coté l’ébauche, fabriquée par de grosses entreprises industrielles, de l’autre le balancier, les spiraux, l’ancre, fabriquées par une multitude de micro-entreprises. Afin de mettre un peu d’ordre dans la profession, l’Union des Branches Annexes de l’Horlogerie ou UBAH est créée en 1927. Et en parallèle, avec l’aide des banques suisses, la société Ebauches S.A. est créée à Neuchâtel le 27 décembre 1926, suite au rapprochement de 3 gros fabricants d’ébauches : Ad. Michel S.A., créée en 1898, A. Schild S.A., créée en 1896, et la Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon, créée en 1793.

Histoire Calibre ETA 2824-2

Grace au soutien des banques, Ebauches S.A. dispose de liquidités qui vont lui permettre d’enchainer les rachats et de concentrer la quasi-totalité des fabricants d’ébauches. Pour autant, au début des années 30 et suite à la crise, l’horlogerie suisse est dans une situation dramatique et beaucoup d’horlogers font faillites : 20 000 personnes se retrouvent au chômage. Les banques décident alors d’appliquer la même stratégie ayant présidé à la création d’Ebauches S.A., mais en allant encore plus loin dans la concentration. C’est ainsi qu’une super holding horlogère est créée en 1931, l’ASUAG, qui avec l’aide de la Confédération Suisse, va absorber la majorité des actions d’Ebauches S.A. et va progressivement racheter les entreprises fabricant les balanciers, spiraux et autres parties réglantes : Moser, Peseux, Fleurier, A. Reymond S.A., Eterna dans les années 30 ; Glycine, Valjoux dans les années 40. Les rachats vont se poursuivre jusque dans les années 70. Difficile pour les fabricants restés indépendants de lutter et progressivement ils vont disparaitre. Ebauches S.A., qui devient ETA en 1982, possède alors une position archi dominante sur le marché du mouvement « Swiss made ». C’est encore le cas aujourd’hui, ETA fournissant la majorité des calibres équipant les montres du Swatch Group auquel il appartient, ainsi que bon nombre d’ « emboîteurs ».

Histoire ETA 2824-2 - Ebauches SA

L’ETA 2824-2 : mouvement automatique de référence

Le mouvement automatique 2824-2, apparu en 1972, a été produit à des millions d’exemplaires. C’est à cause de cette large diffusion qu’on le qualifie souvent de « basique ». Pourtant, l’ETA 2824-2 est porteur d’un héritage technique horloger important. Proposé en 4 niveaux de finitions, de « standard » à « chronomètre », ses différents composants n’ont rien à envier à certaines grandes maisons.

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Considérons par exemple le spiral, véritable cœur du mouvement. Celui qui équipe le 2824-2 en finition « Top » et « Chronomètre » est en Anachron, un alliage inoxydable et amagnétique qui compense de lui-même les fluctuations de température et leur répercussion sur la marche du mouvement. Développé par la société Nivarox-FAR, également filiale du Swatch group, ce spiral est strictement le même que celui que l’on retrouve dans les plus beaux modèles Patek Philippe, Lange & Söhne ou Audemars Piguet… Evidemment, ce qu’il y a autour n’est pas tout à fait la même chose que dans un ETA 2824-2 !

Pour autant, ce dernier dispose d’un balancier et de rouages en Glucydur, autre alliage amagnétique et extrêmement résistant développé par Nivarox, d’un parechoc Incabloc, d’un rotor sur roulement à bille inventé par Eterna, ou encore de 25 rubis pour limiter l’usure et prolonger la durée de vie du mouvement. Bien que né dans les années 70, le 2824-2 a capitalisé dès sa phase de conception sur l’expérience et les innovations des sociétés « sœurs » d’ETA, et n’a cessé d’évoluer et de se perfectionner depuis plus de 40 ans, connaissant de nombreuses versions de 17 à 25 rubis, de 18’000 à 36’000 alternances, jusqu’à celle d’aujourd’hui.

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Pour être complet dans cette présentation, et afin de mieux comprendre la prouesse technologique que représente un mouvement horloger mécanique, il est important de mettre en perspective les performances du 2824-2. Son balancier alterne sur lui-même 28’800 fois par heure, soit une fréquence de 4 Hertz. Sa vitesse de rotation est proche de 140 km/h. Le spiral, 3 à 4 fois plus fin qu’un cheveu, pèse moins de 0,002 gramme, et se contracte et se détend 691 200 fois par jour. À titre de comparaison, un cœur humain bat en moyenne à 80 pulsations par minute, soit 6 fois moins. Dans sa finition « standard » d’entrée de gamme, sa précision de plus ou moins 12 secondes par jour correspond à un pourcentage d’erreur inférieur à 0,014%. Autrement dit, il est précis à 99,986%. Dans sa finition « chronomètre » certifiée COSC, on dépasse les 99,995%. Pas si mal pour un « tracteur » de plus de 40 ans !