La maison Cartier fut fondée à Paris en 1847 par Louis-François Cartier. Elle occupe une place un peu particulière dans le paysage horloger européen. D’une part, parce qu’elle est française. Les montres sont « swiss made », car le département horloger de Cartier est à La-Chaux-de-Fonds, mais Cartier a gardé son siège social dans la capitale française. Ce qui est loin d’être commun, dans un marché horloger ultra-dominé par nos voisins helvétiques. D’autre part, Cartier est l’une des rares maisons à exceller à la fois en horlogerie et en joaillerie. On pourrait également citer Piaget ou Chopard, par exemple, mais aucune de ces manufactures ne peut revendiquer le statut ni l’envergure de Cartier. Enfin, Cartier s’est toujours distingué par son mode de communication. Adepte des cercles aristocratiques et des soirées mondaines, la maison parisienne a toujours misé sur les têtes couronnées et les célébrités pour mettre en avant ses produits. Voire même pour les créer…comme ce fut le cas pour la Santos.

Une montre née d’une histoire d’amitié

Alberto Santos-Dumont [1873-1932] est un pionnier brésilien de l’aviation qui passa la majeure partie de sa vie en France, au début du XXème siècle. On lui doit notamment le premier vol public d’un aéroplane – même si les frères Wright lui contestent cela, mais leurs vols étaient réalisés à l’abri des regards indiscrets, et n’ont donc pas pu être validés de la même manière. Le 23 Octobre 1906, Santos-Dumont parvient à se maintenir en l’air pendant plus de 60 mètres, à bord de son bi-plan « 14-bis » propulsé par un moteur Antoinette de 50 chevaux. Ballon à air chaud, dirigeable, aéroplane, ce gentleman aventurier a le don de piloter tout ce qui peut s’élever au-dessus du sol. Et afin de pouvoir chronométrer ses exploits, Santos-Dumont a besoin d’une montre. Or, à l’époque, il est d’usage pour les hommes de porter des montres-gousset dans la poche de leur veston, au bout d’une chaînette. Mais cela ne convient pas à Santos-Dumont : pour lui, pas question de lâcher une seule seconde les commandes de son engin volant ! Il demande alors, au cours d’une soirée parisienne, à son ami Louis Cartier de lui réaliser une montre qui se fixerait au poignet. Une demande que l’horloger, autant par amitié que par sens des affaires, se fait un plaisir d’exaucer. La Santos est née ! Issue de la rencontre entre deux hommes, l’un pionnier génial de l’aviation, et l’autre horloger-joailler visionnaire.

Une montre charnière dans l’histoire de l’horlogerie

La Santos est, de fait, la première montre pour pilotes d’avions. C’est à dire la première montre destinée à un public particulier, avec des demandes particulières, autre que la simple lecture de l’heure. Mais c’est aussi la première montre-bracelet pour homme. Car jusque-là, ce type de montre était réservé aux femmes. À y regarder de plus près, grâce à ces deux caractéristiques fondamentales, la Santos est sans nul doute la montre qui a fait basculer l’horlogerie dans l’ère moderne. Rien que ça.

Une carrière de plus de 115 ans !

Profitant de la notoriété de son ami – une personnalité flamboyante et un précurseur de la mode – ainsi que de l’engouement populaire pour les débuts de l’aéronautique, Louis Cartier propose dès 1908 la Santos à une poignée de privilégiés désireux d’imiter le célèbre aviateur. La véritable commercialisation débute en 1911, avec un modèle baptisé « Santos » : une montre de luxe, réplique de celle portée par le fantasque brésilien. Pour cela, Cartier s’est fait aider par le célèbre fabriquant de mouvements Edmond Jaeger, celui-là même à l’origine de la maison Jaeger-LeCoultre.

Cartier en écoulera environ 800 exemplaires, jusqu’en 1978

C’est à cette date que la Santos acquière sa forme contemporaine. Le lancement de la montre est tout bonnement spectaculaire. En 1978, la Santos est présentée sur l’aérodrome du Bourget, où les personnalités du monde entier se rendent spécialement en jet privé. L’année suivante, c’est à New York qu’un événement tout aussi exceptionnel est organisé. Le pari est risqué, mais gagnant. Avec ses vis apparentes, son style art déco, et son alliance or/acier (une première pour l’époque !), la Santos rencontre un succès planétaire. Dans les années 80, elle devient l’accessoire préféré des personnalités, des aristocrates, mais aussi des golden boys des places boursières. Elle se retrouve même au poignet de Michael Douglas, dans une version entièrement en or, dans le film « Wall Street » d’Oliver Stone (1988). Depuis, Cartier n’a cessé de décliner la Santos sous toutes ses formes. Véritable pilier du catalogue de la marque, la Santos connaîtra des complications diverses (phase de lune, quantième perpétuel, chronographe…), toutes sortes de mouvements (quartz, manuel ou automatique), des métaux précieux (l’or jaune bien sûr, mais aussi le platine, le carbone, l’or rose ou blanc), différentes tailles ou épaisseurs, des boîtes galbées ou droites, des cadrans squelettés, divers coloris…pour un total de plus de 100 références ! Mais toujours en restant fidèles à elle-même, à cet ADN si fort, fait d’élégance et d’esprit pionnier. La Santos fut de nouveau redessinée en 2004 puis en 2018, dernière version en date. À ce jour, on estime que Cartier a vendu près de 2 millions de Santos à travers le monde. Un chiffre qui peut donner le tournis, mais qui témoigne aussi du succès du modèle et de sa carrière hors-norme.

La Santos de Cartier de 2018

La Santos possède un dessin tout à fait à part. Cette boîte carrée aux angles arrondis est identifiable au premier regard. Depuis 2018, le boîtier est plus fin et galbé, pour mieux épouser la forme du poignet et être plus confortable à porter. La lunette polie se prolonge désormais vers le bracelet de manière très fluide, comme si l’une était le prolongement naturel de l’autre. Cette lunette est fixée par huit vis apparentes. Contrairement à une Royal Oak de Audemars Piguet, les têtes de vis ne sont pas alignées avec le bord de la lunette. Cela donne un côté un peu plus brut et industriel à la montre, qui contraste parfaitement avec son raffinement. Celui-ci provient en grande partie du cadran lui-même, un grand classique de chez Cartier : chiffres romains, aiguilles glaives, chemin de fer des minutes, sans oublier la signature « secrète » de Cartier dans le chiffre VII. Tout y est. Même la fameuse couronne sertie d’un cabochon bleu. Le bracelet a lui aussi été l’objet de toutes les attentions. Il profite de deux innovations extrêmement pratiques. D’une part, il peut s’enlever et se remettre sans le moindre outil, par simple pression sur un bouton entre les cornes. Et comme la Santos est livrée avec un bracelet cuir et un bracelet acier, ce genre de système est toujours très appréciable. Vacheron Constantin, qui possède un mécanisme équivalent sur la dernière génération de sa Overseas, ne dira pas le contraire. D’autre part, le bracelet acier de la Santos est ajustable, toujours sans outil ! En appuyant sur un tout petit poinçon, chaque maillon peut être retiré. Et ce, sans risque de perdre la barrette. Ingénieux, et tellement plus rapide que d’aller chez votre horloger préféré.

A l’intérieur de la Santos, bat le nouveau mouvement « maison » de chez Cartier, le 1847MC (un nom donné en référence à l’année de création de la marque). Il s’agit d’un calibre automatique moderne de haute tenue : 23 rubis, 42 heures de réserve de marche, 28’800 oscillations par heure, stop-seconde, date rapide et résistance accrue au magnétisme. La collection actuelle de la Santos s’articule autour de deux tailles : la Médium et la Large. L’esthétique et les proportions sont les mêmes, à un détail près : le modèle Large accueille un guichet dateur à 6h. Chacune est déclinée en plusieurs combinaisons de matériaux, pour un total de 12 références. À noter que pour la première fois, la magnifique version squelletée est proposée en acier, en plus de l’or habituel. La Santos 2018 est un concentré de l’esprit Cartier. Élégante, bien sûr. Mais avec également un côté plus industriel, directement hérité de l’engouement du début du siècle pour les structures en acier. C’est aussi une montre qui a su intelligemment évoluer avec son temps : en restant fidèle au dessin original, mais aussi en innovant, avec cet esprit pionnier si cher à Alberto Santos-Dumont. Enfin, c’est peut-être la montre la plus moderne du catalogue de Cartier. Elle profite d’un lifting récent et des dernières innovations de la marque, que ce soit pour le mouvement ou le bracelet. Et les célébrités ne s’y trompent pas : elles arborent fièrement leur Santos sur les réseaux sociaux, aux côtés des Daytona, Royal Oak et autres Nautilus. Il semblerait que Cartier n’est pas perdu ses bonnes habitudes en terme de public relation

Un héritage exceptionnel

La Santos fête ses 116 ans cette année. Une longévité incroyable, qui trouve avant tout son succès dans un dessin unique, immédiatement identifiable. Mais pas seulement. La Santos est une montre avec une âme. Quelque chose de plus. Une histoire incroyable, de celle que l’on a envie de raconter. La rencontre entre deux hommes passionnés et qui ont mis leurs visions en commun pour faire naître un objet magnifique. Une montre qui a fait basculer l’horlogerie dans son ère moderne. Une montre qui, plus d’un siècle après sa création, connaît toujours un incroyable succès à travers le monde entier. Une montre devenue une icône.

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